Les femmes sous-évaluent tout y compris leur propre salaire 

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« Les femmes sous-évaluent tout, y compris leur propre salaire » | Réformés.ch

Face à ces barrières, quelles aides spécifiques sont nécessaires pour les femmes que vous accompagnez ?

Les femmes sont surreprésentées dans la catégorie des très petites entreprises. Peu de leurs projets grandissent ou changent d’échelle, car cela implique de déléguer. Nos programmes prévoient du coaching et de l’aide pour trouver du financement (ce qui ne résout pas les problèmes de biais). Nous avons mis en place un système de mentorat par une femme entrepreneure expérimentée.

D’autres freins fréquents sont liés à la parentalité. Parfois, le réflexe est de se dire « je ne trouve pas d’emploi, c’est peut-être le bon moment pour faire un enfant ». En soi, cela ne pose pas de problème, mais dans une situation de migration, un congé maternité, ajouté à la gestion d’enfants en bas âge et à une couleur de peau ou à un nom différent peuvent malheureusement entraîner un arrêt professionnel de quatre ou cinq ans. Et à partir de là, il devient difficile de retrouver un emploi dans le secteur dans lequel on est pleinement qualifié. Le raisonnement de certains acteurs économiques est de recruter ces personnes-là sur des postes moins qualifiés, par exemple choisir une ingénieure comme assistante de direction, au motif que « ce sont des compétences pas chères ». Pour moi, c’est un raisonnement faux et court-termiste : sur le long terme, notre pays ne bénéficie pas pleinement de la valeur de la personne.

L’OCDE, dans un rapport de 2012, signale que la Suisse est en retard dans la lutte contre les discriminations dans le monde professionnel. Est-ce ce que vous observez ?

Oui, on observe des biais à l’embauche du fait d’avoir des enfants, de la couleur de peau, des arrêts professionnels, d’un parcours atypique… Étonnamment, on constate dans l’entrepreneuriat social que les femmes dirigeantes corrigent ces biais, parfois inconsciemment. Par exemple, une femme entrepreneure mère célibataire de quatre enfants avait embauché dans son entreprise trente femmes… toutes célibataires avec enfants. Ce biais était involontaire, j’en ai discuté avec elle, mais il correspondait à son vécu ! Elle a fait de « la responsabilité sociale » sans s’en rendre compte…

L’entrepreneuriat social est-il un secteur qui fait fondamentalement bouger les lignes ?

Je suis persuadée que c’est un mouvement qui prend une ampleur énorme. Il concentre une grande proportion de femmes, pour qui un changement de paradigme est en train de se produire aujourd’hui. Le point commun entre tous les profils d’entrepreneures que nous accompagnons est la notion de résilience : vouloir « sortir des rails » et faire quelque chose qui fait sens, parce que la migration a entraîné une rupture dans l’existence.

Cela crée des entreprises plus humaines, mais aussi des emplois différents, avec une valeur sociétale permettant la réinsertion et ouvrant à la collaboration. Ce sont des modèles encore peu répandus. Je crois que c’est important d’en avoir à l’esprit et autour de nous.

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